N’écrivez pas de livre !

N'écrivez pas de livre

Il n’y a pas longtemps, deux personnes me parlaient à quelques jours d’intervalle de leur envie d’écrire. Deux personnes radicalement différentes. Et les deux me faisaient part de ce frein que je vois assez souvent : « j’aimerais bien écrire un livre, mais… »

Mais quoi ? Là se déroulent des « mais j’ai pas d’idées », des « mais je n’ai pas le courage d’aller au bout », des « mais je ne sais pas si je serai publié(e) » ; des « mais » qui n’ont en fait rien à voir avec l’envie première. Des « mais » qui font qu’elles, n’écrivent pas. Des « mais » qui vous bloquent aussi vous-mêmes si vous êtes dans ce cas.

 

Quelle idée d’écrire un bouquin, aussi !

Vous et votre plume, vous en êtes où ?

Je ne nie pas les grandes fulgurances scénaristiques, et je ne suis pas en train de remettre en question votre capacité à tenir une trame, des personnages, un rythme et gérer climax et cliffhanger avec brio. Je demande simplement pourquoi faudrait-il commencer par composer une symphonie ou un opéra quand on en est encore à faire ses gammes ?

Parce qu’en vrai, soyons honnêtes avec nous-mêmes deux secondes : quel est notre niveau réel ? Avons-nous déjà exploré notre écriture ? Connaissons-nous déjà notre style ? Nos facilités et nos difficultés ? Nos refuges dans lesquels on se plonge quand on ne maîtrise pas ou qu’on a du mal ?

Nous avons tous ce que j’appelle « des refuges », des procédés ou des manies qui ressortent rapidement quand on est en position de faiblesse comme pour une page blanche ou pour démarrer un chapitre, une histoire, etc. Pour ma part, c’est le procédé d’accumulation, et j’ai ce refuge en écriture d’invention ou en rédaction.

Par ailleurs, un livre, c’est une histoire de longue haleine qui va vous demander de pallier toutes vos faiblesses : le lecteur – et l’éditeur si vraiment vous y tenez – se fichent que la description ne soit pas votre point fort. A moins de vouloir tenter le drop révolutionnaire d’un livre sans description (et je vous conseille de fait l’écriture dramatique), vous allez devoir vous former à ça.

Vous lancer from scratch sur un livre quand vous n’êtes pas à l’aise est la meilleure des idées pour vous bloquer.

 

 

Parce que se dire « j’vais écrire un livre » vous met juste la pression

C’est d’ailleurs pour ça qu’on lit/entend toujours « tu verras, un jour, j’vais… ». STOP !

Stop ! Écrire, ça ne se cantonne pas au fait de pondre des trilogies de fantasy (ou SF, ou Polar) à base de mondes nouveaux-t’as-jamais-vu-ça-mais-quand-même-si-beaucoup-un-peu-partout et autres personnages aux yeux violets et destin extraordinaire ! Ca n’est pas interdit du reste.

Mais bien souvent, vous vous mettez la pression à vous dire que vous allez faire comme Tolkien, Rowling ou encore pire : King. Je ne compte plus les personnes s’engouffrant dans les styles de leurs auteurs préférés, au point qu’il n’est pas difficile de savoir ce qu’il y a dans leur bibliothèque ou ce à quoi ils pensaient en racontant leur histoire.

Mais avant d’écrire un livre, avant d’être publié (ce qui ne veut pas dire « uniquement par un éditeur avant d’aller faire la tournée des plateaux TV »), il s’agit de raconter quelque chose. Parce que c’est CA être écrivain. C’est raconter des histoires, des moments, des personnages. Des trucs, quoi !

Tant que vous vous direz qu’il vous faut impérativement écrire un gros pavé, vous allez vous perdre en schémas et fiches de personnages, sans toucher un seul instant au travail de gros : celui d’arriver à traduire votre pensée. Une bonne histoire, ça n’est pas qu’un scénario, c’est aussi – surtout ! une bonne mise en scène et de bons dialogues !

 

Écrivez n’importe quoi, mais écrivez !

Du coup, si vous sentez la phase : « J’aimerais bien écrire un livre, mais en attendant, j’vais surtout penser au fait que j’aimerais bien… », frappez-vous la tête sur le clavier – ou votre cahier selon vos préférences, et reprenez votre souffle.

Même si l’histoire et/ou les personnages qui vous trottent en tête vous semblent super, vous ne les connaissez pas encore. Contournez le problème : lâchez-vous sur de courts textes. Écrivez une description par-ci, un dialogue par-là. Explorez des nouvelles (je rappelle que l’œuvre de Lovecraft est composée de nouvelles dans un même univers, et souvent, elles se suivent !), ne. vous. limitez. pas !

Vous n’avez pas l’obligation de faire à chaque fois un chef d’œuvre pour que ça vous fasse du bien ou vous apprenne quelque chose. Vous n’avez d’ailleurs pas l’obligation d’être publié(e) chez Grasset pour que ça vaille quelque chose, et enfin : rien ne vous empêche de montrer votre travail aux gens. Non, ce n’est pas prétentieux. Vous emmerdez les cons/connes qui vous diront le contraire.

 

N’écrivez pas de livre, écrivez des trucs !

Et ces trucs, bien souvent, finissent par être des livres. Ou des recueils. Ces trucs vous apprendront à gérer des styles et de registres différents. Vous allez vite découvrir que vous avez des habitudes, que vous avez des thèmes de prédilection, que vous avez parfois des personnages récurrents en tête.

Tout ce que vous produisez est utile. Et que vous estimiez cela simple ou grandiose, à la fin votre lecteur aura sa propre expérience, et c’est ça qui est génial : vous allez transmettre quelque chose à vous-mêmes et aux autres.

 

Ne visez donc pas la pléiade, visez le plaisir !

Image à la une d’après une photo de Aaron Burden

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